Le Festival International du Film sur l'Art - 39e édition du 16 au 28 mars 2021

« La thérapie par les arts » : entrevue avec Guylaine Vaillancourt et Amy Éloise Mailloux




Découvrez notre échange avec Guylaine Vaillancourt, directrice du département des thérapies par les arts à Concordia et Amy Éloise Mailloux, responsable du Centre National de Danse-thérapie des Grands Ballets Canadiens de Montréal. Ces intervenantes devaient participer au panel « la Thérapie par les arts », le 19 mars au Cinéma Impérial dans le cadre de FIFA Connexions. 
 

LE PANEL THÉRAPIE PAR LES ARTS

L'art est une forme de communication et d'expression que les pratiques des thérapies créatives par les arts ont transformées en une opportunité de bien-être personnel. Le dessin, la peinture, la danse, la coloration, la sculpture, et bien d'autres pratiques, sont des techniques créatives qui aident les gens à explorer leur esprit, leurs émotions et leur vie psychique. Les personnes qui s'engagent dans ces pratiques artistiques, guidées par un art-thérapeute ou un psychologue, peuvent apprendre des expériences artistiques et des créations qu'elles fabriquent et mieux se comprendre. L'objectif de cette discussion est d'explorer les différentes approches des thérapies créatives par les arts et de stimuler un débat entre deux spécialistes de cette expérience singulière et libératrice.
 

LE RÔLE DU CINÉMA DANS LA THÉRAPIE PAR LES ARTS

« Le cinéma peut être un moyen de faire connaître les thérapies par les arts quand l’information a bien été vérifiée et documentée. Les thérapeutes par l’art dramatique créent souvent des films pour exposer l’impact des thérapies par les arts sur des populations diverses.
 
Le cinéma peut être thérapeutique dans le sens où il répond à un besoin des cinéphiles pour un objectif de détente, de plaisir, d’émotions fortes, selon les intérêts de chacun. La différence est qu’on ne peut pas dire que c’est une thérapie dans le sens traditionnel du mot, puisqu’il n’y a pas de relation thérapeute-client », affirme madame Vaillancourt en citant quelques exemples de documentaires sur le sujet The Hidden Face Of Suicide, The Story Within - Myth And Fairy Tale In Therapy, Le cadeau de la musique/Gift of Music, et De la musique pour le cerveau
 
De son côté madame Mailloux, parle beaucoup du rôle démystificateur du cinéma en art thérapie. « Lorsqu’on parle de danse-thérapie, on nous demande souvent ce qui se passe dans une séance de danse-thérapie, c’est quelque chose de difficile à visualiser tant qu’on n’en a pas vu des exemples ou qu’on ne l’a pas fait soi-même. Je crois que le cinéma peut aider à démystifier cette modalité s’il est utilisé dans un sens documentaire. La danse-thérapie doit être expliquée plus que vue, car les thérapeutes ont, de par leur formation, accès à des clés de compréhension du langage corporel que nous, spectateurs, ne possédons pas.
 
Bien que la culture fasse partie intégrante de notre société occidentale, je crois qu'elle est encore vue comme un loisir. Nous sommes un être qui valorise la parole, la droiture et les apparences. En danse-thérapie, on laisse tomber tout cela pour se fier à ce que la personne communique via son corps. Le corps est vecteur de beaucoup de traumas, d’une expérience collective, de souvenirs, de la personnalité de chacun : physiquement et dans le mouvement. C’est confrontant pour beaucoup ! »  
 
Madame Vailloucourt compléte les paroles d’Amy « Le cinéma peut informer et éduquer. Il est parfois difficile de comprendre que ce que nous considérons comme loisirs, culture, arts, cela peut aussi être une thérapie rigoureuse offerte par des professionnels, formés, certifiés ayant des compétences cliniques avancées. »
 

LES RISQUES ET AVANTAGES DE FAIRE UN FILM SUR LA THÉRAPIE PAR LES ARTS

La directrice du département de thérapie par les arts emballée, répond «Très bonne question de parler des risques et avantages ! Quand il y a une demande de diffusion ou de participation à nos séances pour filmer, nous devons respecter la confidentialité et la vie privée des personnes qui consultent en thérapie par les arts. Les clients/patients sont souvent dans une position de fragilité et nous devons nous assurer de leur sécurité émotionnelle. De plus, être exposé au média grand public, comporte aujourd’hui des risques d’incompréhension, de manque d’empathie, de harcèlement, d’intimidation ainsi que de risée, etc.
 
On qualifie parfois de « magique, puissant, sensationnel, remède miracle etc. » l’utilisation de l’art, la musique, le théâtre et la danse en thérapie. Ce qui cause de la confusion et de la désinformation quant à notre travail. Les clients/patients peuvent avoir des attentes irréalistes et être déçus de ne pas être « guéris ». Et comme toutes autres thérapies reconnues (psychologie, travail social, etc.) nous faisons notre travail selon les meilleures pratiques, notre code d’éthique et notre formation continue. Que ce soit un thérapeute par les arts ou tous autres thérapeutes, nous sommes des êtres humains avec nos vulnérabilités. »
 

LA HIÉRARCHIE DANS LE DOMAINE DES THÉRAPIE PAR LES ARTS

Sur ce sujet madame Mailloux introduit l’approche du Centre national de danse-thérapie, « Au Centre national de danse-thérapie, nous avons une vision très horizontale des interventions dansées. Pour nous, assister à un spectacle de danse fait partie du même spectre que la pratique de la danse comme loisir et que de la danse-thérapie. Seulement, cet axe est horizontal plutôt que vertical. Chacune de ces pratiques (et il en existe beaucoup d’autres) a ses vertus thérapeutiques : elle peut faire du bien, que ce soit physiquement, émotionnellement, intellectuellement, etc. Ceci étant dit, la danse-thérapie a, quant à elle, un objectif thérapeutique, un processus axé sur la thérapie et la guérison. Par opposition, les cours de danse font du bien, mais n’ont pas pour objectif la thérapie. C’est la principale distinction que nous accordons dans nos services : l’objectif et le procédé derrière l’intervention. Il n’y a cependant pas de hiérarchie entre ces interventions, puisqu’il y a autant d’interventions possibles que de personnes suivant/bénéficiant de celles-ci. Parallèlement, je ne crois pas que les arts visuels soient plus ou moins efficaces que la danse : je crois qu’il doit y avoir une offre pour chaque besoin ! »

Madame Vaillancourt prend aussi position sur ce point en affirmant que les effets thérapeutiques des différentes formes d’art sont comme un spectre horizontal de différentes modalités artistiques et thérapeutiques, complémentaires. « Chacune des thérapies par les arts apporte des modalités uniques et nous ne sommes pas en compétition. Les besoins des clients varient et une modalité peut convenir à une personne et moins à l’autre. C’est comme dire, est-ce que la physiothérapie fonctionne mieux que l’ergothérapie ? Elles ont des objectifs différents en mettant au centre de leur intervention, le bien-être du patient. »

LA DIFFÉRENCE ENTRE DANSE, DANSE-ADAPTÉE ET LA THÉRAPIE 

Cette fois Guylaine laisse la parole a Amy Éloise Mailloux experte du sujet « C’est une excellente question ! Elles sont à notre avis différentes de par leurs objectifs ainsi que le procédé qui se situe derrière. Cependant, une œuvre dansée peut avoir été conçue pour faire du bien; une routine dans un cours de danse peut être faite pour le plaisir. Ceci étant dit, le sentiment de plaisir nous aide à relâcher des endorphines qui sont elles-mêmes thérapeutiques en un sens ! La danse-thérapie vise rarement la production d’une œuvre ou d’un résultat. C’est plutôt une pratique axée sur l’expression personnelle. En revanche, pour certaines personnes, la création d’une œuvre peut faire partie du processus artistique, si elle aide à atteindre les objectifs fixés par la thérapie (émancipation, déploiement de la créativité, confiance en soi). En gros, la réponse à toutes ces question est : ça dépend ! L’expérience artistique est très personnelle à chaque personne et c’est la même chose pour la danse-thérapie. » affirme t-elle.
 

LE RÔLE DES INSTITUTIONS PUBLIQUES OU PRIVÉES

Amy Éloise Mailloux : « Pour le Centre national de danse-thérapie, les institutions sont cruciales. Nos partenaires, privés ou publics, nous soutiennent d’abord dans le financement de nos activités puisque les Grands Ballets sont un organisme à but non-lucratif. De plus, afin de faire bénéficier un maximum de personnes des services de danse et de danse-thérapie, nous tentons d’avoir des subventions et financements pour proposer ces services gratuitement ou à faibles coûts aux bénéficiaires.
 
Ensuite, la danse-thérapie étant encore méconnue au Québec, les institutions partenaires nous permettent de faire connaître cette modalité de diverses façons : en nous facilitant l’accès à leurs clientèles/patients; en apportant leur approbation institutionnelle à nos modalités d’intervention; en nous permettant de faire des projets de recherche avec eux. »

Guylaine Vaillancourt clôt le sujet : « Nous travaillons dans le réseau de la santé, des services sociaux et de l’éducation. Nous contribuons à la réadaptation, au maintien ou à l’amélioration de capacités psychologiques, émotionnelles, intellectuelles et sociales.
 
Les thérapies par les arts offrent des possibilités d’expression non-verbale, créative et communicative. Nous faisons partis des équipes multidisciplinaires de soins pour des personnes qui vivent avec des conditions de vie qui fragilisent leur mieux-être et leur santé physique et mentale.
 
C’est pourquoi nous travaillons avec des bébés prématurés (musicothérapie), des enfants et adultes ayant subi des traumatismes, abus, ou vivant avec une déficience intellectuelle, autisme, troubles du comportement, d’apprentissage. Ainsi que des personnes âgées ayant des déficits cognitifs et physiques, des personnes vivant avec une problématique de santé mentale, ou de toxicomanie, des personnes atteintes de cancer ou maladie terminales, en soins palliatifs. »



À propos de Guylaine Vaillancourt, Directrice du département des thérapies par les arts, Université Concordia, Musicothérapeute
Guylaine Vaillancourt est professeure agrégée en musicothérapie et directrice du Département de thérapies par les arts de l’Université Concordia (Montréal, Canada). Elle détient une maîtrise en musicothérapie de la New York University et un doctorat de Antioch Universiy (Ohio, EU) et est formatrice et praticienne dans la Méthode Bonny en musique et imagerie guidée (GIM). Elle est spécialisée en oncologie/soins palliatifs et santé mentale et est l'auteure du livre Musique, musicothérapie et développement de l’enfant publié aux Éditions du CHU Sainte-Justine.




À propos de Amy Éloïse Mailloux, Responsable, Centre National de Danse-Thérapie
Amy Éloïse Mailloux est diplômée en management des entreprises culturelles de HEC Montréal et détient également un baccalauréat en histoire de l'art, spécialisation histoire. Ayant occupé divers rôles au Centre national de danse-thérapie depuis les débuts de ce département des Grands Ballets Canadiens, Amy a une forte compréhension du secteur de la danse et du mieux-être au Canada, un sujet qu’elle a également étudié lors de sa maîtrise professionnelle. Elle s’implique dans sa communauté en tant qu’administratrice du Projet collectif en inclusion à Montréal, un organisme supportant les personnes ayant des troubles de santé mentale. Amy a également une pratique créative personnelle.

À propos du CNDT
Le Centre national de danse-thérapie (CNDT) est une division des Grands Ballets Canadiens de Montréal dédiée à la promotion de la thérapie par la danse et le mouvement. Intégrant la recherche clinique, la formation et les prestations de services, le CNDT vise le développement du mieux-être des individus par les bienfaits que procure la danse. Il contribue ainsi à renforcer la notion d'utilité de l’art de la danse au sein des communautés ainsi qu'à promouvoir et développer l’Axe santé des GB.


Pour plus d’informations
 
Association des art-thérapeutes du Québec (AATQ)
https://aatq.org/

Association québécoise de musicothérapie (AQM)
https://www.musicotherapieaqm.org/

Association des thérapeutes par la danse-mouvement du Canada (DMTAC) 
https://www.dmtac.org/copy-of-english

Association Nord-Américaine de la drama thérapie (NADTA)
https://www.nadta.org/assets/documents/brochure/2019-brochure-french.pdf

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Volet FIFA Connexions 


Suite à l’annulation en salles de la 38e édition du Festival International du Film sur l’Art  en raison de la pandémie de COVID-19, FIFA Connexions n’a pas pu avoir lieu comme prévu. Compte tenu de la richesse du contenu recueilli et de l’expertise mise à contribution en amont de cet événement, Le FIFA propose une alternative permettant aux festivaliers de profiter de l’apport qu’offre le volet FIFA Connexions. 

Dans ce contexte exceptionnel, Le FIFA souhaite faire vivre FIFA Connexions dans un format accessible à tous, en ligne. Certains panélistes ont montré leur intérêt à prendre position sur les enjeux abordés lors des différents panels. C’est ainsi que plusieurs entrevues ont été réalisées afin d’en connaître davantage sur les enjeux qui étaient prévus d’être abordés avec le public lors de la 38e édition. 



À propos de Paolo Saporito, chargé de projet du volet FIFA Connexions 

Paolo est titulaire d'un doctorat en études italiennes de l'Université McGill. Sa recherche se concentre sur l'étude des formes collectives d'activisme artistique et culturel, en particulier dans le domaine des médias numériques. Pendant les années de son doctorat, Paolo a enseigné des cours sur le cinéma italien à l'Université McGill et à l'Institut culturel italien de Montréal. Il a également supervisé l'organisation de conférences et, particulièrement, le cycle d'événements "The Long 1950s: Popular Culture and the (Un)Making of Italian Identity" (2016-17).




À propos de Emilie Boivin-Deroy, Coordonnatrice de FIFA Connexions

Emilie est finissante du baccalauréat en communication marketing de l’École des sciences de la gestion de l'UQAM (ESG). Ses domaines de prédilection sont le marketing expérientiel, le « branding » et l’élaboration de créatifs, avec une spécialisation en numérique et médias interactifs. Au cours de ses études, elle a réalisé de la planification de projets et créé différents produits (vidéos, créatifs numérique, créatifs interactifs et plus encore). Ses créations sont en lien avec des campagnes de marketing intégrées et publicitaires, d'images de marque, des vidéos, des analyses de comportements du consommateur, des plans média ainsi que des plans de communication.