Petite leçon d’art vidéo et de cinéma expérimental

Depuis 15 ans maintenant, la commissaire Nicole Gingras propose chaque année au public du FIFA de découvrir des œuvres associées au cinéma expérimental et à l’art vidéo. La section qu’elle dirige, FIFA Expérimental, privilégie l’innovation formelle et les modes de récit ou d’associations exploratoires. 

Pour certains, c’est l’occasion - trop rare à l’extérieur du contexte d’exposition ! - de suivre le travail d’artistes visuels importants, de se replonger dans leur univers et d’avoir accès au travail de pionniers. Pour d’autres, cette section du FIFA est plus intimidante… En effet, pour un néophyte, il n’est pas toujours évident de se confronter à ces nouvelles esthétiques, à ces formats atypiques qui sollicitent l’esprit très différemment que les documentaires que propose les autres sections du FIFA. Comment aborder ces œuvres ?

Nous avons demandé à Nelly-Ève Rajotte, dont le travail a souvent été de la programmation du FIFA Expérimental et qui y présente cette année son film Blanc, de nous fournir quelques clés de lecture au sujet du cinéma expérimental et de l’art vidéo. Le parcours de Rajotte est hybride, entre art visuel, vidéo expérimentale, cinéma et télévision. En plus de tout ça, elle est également professeur en cinéma au Cégep de l'Outaouais. Que raconte-t-elle à ses étudiants qui ont entre 17 et 19 ans pour les introduire à ces films exploratoires ?

Visionner beaucoup de films, c’est selon elle la première étape pour ouvrir les esprits. Mais plutôt que de débuter avec un film comme Wavelength (1967) de Michael Snow, qui est souvent considéré comme emblématique du cinéma d’avant-garde, elle procède à l’envers… En allant chercher des références populaires dans le cinéma et sur le web, Nelly-Ève Rajotte accroche ses étudiants qui finissent par constater que les vidéos de leur pop stars préférées s’inspirent bien souvent de l’art vidéo. 

« Je commence par Lady Gaga pour me rendre jusqu’à la série Cremaster de Matthew Barney. À partir de Beyoncé, je leur présente le travail de l’artiste suisse Pipilotti Rist. De l’esthétique du glitch art, je fais le lien jusqu’au mouvement d’art contemporain Fluxus. Ensuite, Michael Snow ! »

De la même manière, Rajotte examine avec ses étudiants les règles du montage classique, c’est-à-dire linéaire et narratif, pour ensuite voir comment ces règles sont détournées dans le cinéma expérimental. Même dans les travaux pratiques, elle reprend ce parcours inversé, les amenant à réfléchir au processus qu’ils ont parcouru afin de démontrer que le travail de création se forge au fil des difficultés rencontrées, d’où jaillit, par nécessité, le travail d’expérimentation. 

Comme plusieurs d’entre nous, ses étudiants sont souvent très déroutés devant les univers abstraits ou non-narratifs. « Pour calmer les anxiétés, j’établis un parallèle avec les rêves. J’essaie de leur faire voir que même si la narrativité dans un rêve est déconstruite, au réveil, on ressent quelque chose de précis, une impression forte. Je leur explique qu’il est important d’essayer de voir les choses d’un autre angle, de changer de point de vue. Finalement, je leur parle aussi de la liberté du vidéaste ou du cinéaste expérimental. »

C’est peut-être avant tout cette liberté qu’on devrait reconnaître dans les films de la section FIFA Expérimental. Ainsi, il est plus facile de se laisser happer par les œuvres, d’entrer dans les univers, et de les apprécier plus librement nous aussi.

Bande-annonce de la section FIFA Expérimental



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Le film Blanc de Nelly-Eve Rajotte sera présenté vendredi le 31 mars à la Cinémathèque Québécoise